Inventeur de lumière - Les Ardennes en marche - juillet 2010
Dans les rues de Landrichamps dans les Ardennes, d’ Olargues dans l’Hérault, de Redu en Belgique, et de bien d’autres villes et villages, les lampadaires, bancs, corbeilles portent tous la même signature : « l’Atelier Tredo ». Cette petite entreprise installée à Poix-Terron a su se faire un nom dans le milieu du mobilier urbain en jouant la carte de l’esthétisme et de l’innovation.

L’électricité n’a pas de secret pour Pascal Wattiaux. Dans les Ardennes depuis plus de 30 ans, cet Axonais d’origine se considère comme un véritable Ardennais. A juste titre : la ferveur avec laquelle il défend le département et ses atouts industriels suffit pour s’en convaincre.
Après avoir été à la tête d’une entreprise d’électricité, spécialisée sur de gros chantiers, il décide de changer d’orientation. Tout en restant dans son domaine de prédilection. A force d’avoir entendu les réflexions critiques d’architectes, il a l’idée de concevoir du matériel d’éclairage « en phase avec l’environnement ou l’histoire du lieu d’implantation ». Il est vrai que les grands lampadaires efflanqués ne sont pas toujours du meilleur effet décoratif dans les rues des villes et villages. 
Pascal Wattiaux l’avait compris depuis longtemps. Il était convaincu qu’esthétisme et efficacité n’étaient pas incompatibles. Et il n’a jamais cessé de le démontrer depuis 1994, année où il crée sa première lanterne dans son garage de Rocquigny. Manifestement, sa petite entreprise baptisée « Atelier Tredo » ( Technique Réalisation Electrique Décoration et Ornementation) répond à un besoin : l’éclairage public, comme tout le mobilier urbain, ne se contente plus d’être seulement fonctionnel. C’est devenu un élément de décoration. La commune de Launois-sur-Vence sera un de ses premiers clients. Très vite, ils font des petits et obligent l’inventif chef d’entreprise à déménager à Rethel, dans des bâtiments plus adaptés, et à embaucher. Jean-Philippe Husson, un Ardennais de Margut, embarque dans l’aventure. Directeur commercial, ce « pionnier » est devenu le bras droit du fondateur. En 2006, « l’Atelier Tredo » quitte Rethel, où il était installé sur deux sites différents, pour se regrouper sur la zone d’activités de la route de Mondigny à Poix-Terron. Il emploie aujourd’hui 15 personnes.
Le carré magique
On peut les voir sur le cours Briand, à la base nautique du Mont-Olympe à Charleville- Mézières, ou encore à Nocturnia à Olizy-Primat, à Balan, à Landrichamps, pour ne citer que quelques communes ardennaises, mais aussi à Couvin ou à Redu en Belgique, dans plusieurs villes du Sud de la France et peut-être bientôt au Turkménistan… Luminaires, bornes d’éclairage, totems de signalétique, bornes techniques, bancs, poubelles : des objets de mobilier urbain, tous différents selon les lieux, avec pour points communs leur dessin original et le « top qualité ». La grande force de « Tredo », c’est de réussir un compromis entre esthétisme, technicité et robustesse, et de réaliser du sur-mesure. Créativité, innovation, personnalisation et réactivité forment le carré magique de l’entreprise.
Autant d’arguments pour trouver sa place dans un marché exigeant. La concurrence est essentiellement le fait de très grosses entreprises, le plus souvent étrangères. Si la Chine s’est bien évidemment lancée sur le créneau, la qualité, comme dans bien des domaines, n’est pas toujours au rendez-vous.
S’ils sont « les plus petits et les plus jeunes », les responsables de chez Tredo se targuent de figurer parmi les quelques rares fabricants français et d’être indépendants. Mieux, ils revendiquent haut et fort d’être Ardennais et de faire travailler des Ardennais. 95% de la sous-traitance est réalisée par des entreprises du département : fonderies, galvanisation et spécialistes du traitement de surface, essentiellement. L’activité de Tredo a même permis à certaines d’entre elles de se développer. Pascal Wattiaux et Jean-Philippe Husson sont d’ardents défenseurs du savoir-faire local : « Pourquoi aller chercher ailleurs les compétences qui sont autour de vous ? », s’interrogent-ils, s’étonnant que leur démarche n’est pas toujours partagée… Elle a pourtant pour autre avantage d’être une forme de développement durable, en matière de transports. Un souci également appliqué dans le choix du bois des mobiliers : le chêne (labellisé) et l’ipé (exploité selon des normes environnementales strictes) ont remplacé le teck.
Confiance et prudence
La recherche de l’esthétisme ne cessant de gagner du terrain et les produits estampillés « Tredo » ayant la cote, tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais Pascal Wattiaux n’en demeure pas moins très prudent : « Les collectivités territoriales constituent 95 % de notre clientèle, et l’annonce de la suppression de la taxe professionnelle a marqué un coup de frein dans les projets. Tout comme certaines mesures de restrictions budgétaires ». Autre aléa de l’heure : la crise de l’immobilier. Les lotissements se font moins nombreux, et par conséquent, les besoins en équipements. Notamment en Champagne-Ardenne, un des secteurs-clés de la société. Un ralentissement auquel échappe la Provence-Côte d’Azur, où Tredo est également fortement implanté. Aujourd’hui , les entreprises souhaitant améliorer l’agencement de leurs espaces paysagers et certains particuliers restent une piste non négligeable de développement. L’horizon pourrait aussi s’annoncer plus clair (sans jeu de mot) avec les nouvelles mesures d’économies d’énergie, obligeant au renouvellement de matériels d’éclairage public devenus obsolètes, parce que trop gourmands. La société a en effet travaillé à la mise au point de modèles particulièrement économes.
Confiant dans son avenir, « Tredo » peut se vanter d’avoir réussi le mariage de la tradition de l’industrie ardennaise, avec le design des produits fabriqués dans ses ateliers.
Des projets personnalisés
Le schéma de conception de chaque chantier est identique. Le projet est dessiné en 3 D en tenant compte des voeux du client, mais aussi de l’implantation de l’environnement. Ainsi dans le village du livre de Redu, les candélabres affichent des motifs évoquant l’écriture et l’imprimerie. Sur la zone industrielle « Emeraude » de Tournes, les formes du mobilier sont inspirées par la végétation alentour.
C’est le rôle du bureau d’études, où Pascal Wattiaux « phosphore » avec une jeune designer (ardennaise bien évidemment). « Elle apporte sa sensibilité féminine et une confrontation positive », dit-il.
Des prototypes sont ensuite mis au point, permettant ainsi de réaliser en interne les moules des pièces, dont la fabrication, le plus souvent en fonte d’aluminium, est confiée à des usines ardennaises. Puis viennent le découpage, l’assemblage et les finitions réalisés dans les ateliers proprement dits, à partir de gabarits spécifiques conçus sur place.
Une serrure magnétique
L’innovation étant un maître mot de la société, Pascal Wattiaux a inventé un système de verrouillage des portes de visite des bornes lumineuses, sans serrure apparente ni clés, résistant aux vols et au vandalisme. Nécessitant un petit outil magnétique spécial, ce concept alliant la rapidité d’intervention, la fiabilité et une sécurité maximum, a été breveté.










